Interpellations
au Ministre Marcourt - 1er juin 2005 M. Jean-Paul
Procureur (cdH). – Il y a un million de personnes
handicapées en Belgique. La plupart d’entre elles peuvent
jouer un rôle dans notre société et être productive
dans le circuit économique. Relevons que la personne handicapée
n’existe pas en tant que telle et qu’il existe une multiplicité de
situa-tions. Pourtant, selon une enquête réalisée en 2002, 206.000 personnes souffrant des problèmes de santé ou du handicap se déclareraient aptes à travailler. Par ailleurs, 60.000 personnes, soit 11 % de la population handicapée dite active, seraient à la recherche d’un emploi. Par rapport à nos voisins européens, le taux d’emploi des personnes handicapées est faible en Belgique. Avec la prépondérance du productivisme et du souci de rentabilité, les personnes handicapées ont souvent la vie dure. La balle est évidemment dans le camp politique. Si je vous interpelle tous les trois, Mesdames et Monsieur les Ministres, c’est pour vous faire remarquer qu’il s’agit d’une matière transversale et que les résultats ne pourront aboutir que si les actions se font en collaboration. De multiples propositions
figurent dans la Déclaration de Politique
Régionale et dans le Contrat d’Avenir afin d’augmenter
le taux d’emploi de la personne handicapée. Laissez-moi
citer, à tire d’exemple, «la multiplication des adaptations
de postes de travail, le respect des quotas dans les administrations
et les incitations à Une journée d’étude a clôturé ce projet,
en ciblant les actions innovantes pour la mise à l’emploi
de ces personnes. Trois concepts-clés se sont dégagés
des expériences de terrain : la transformation des représentations
sociales qu’on se fait des handicapés, l’accompagnement à l’emploi
par des tiers et la mise en réseau des par-tenaires Il arrive trop souvent que des personnes handicapées désireuses de suivre des formations professionnelles soient systématiquement dirigées vers des institutions spécialisées. Il faut, pour la personne handicapée, un enseignement normal qui la rende compétitive sur le marché de l’emploi. Il faut des passerelles entre l’enseignement normal et le spécial. Comme le propose le Comité de gestion de l’AWIPH, il faut bâtir une stratégie coordonnée de l’insertion professionnelle des personnes handicapées en Région wallonne car la situation est plus préoccupante en Wallonie qu’en Flandre. Un bon point de départ
pour l’établissement de cette
stratégie consisterait en l’établissement de nouvelles
lignes directrices des politiques d’intégration de la personne
handicapée à l’emploi. Plusieurs études ont été réalisées.
Le précédent Ministre avait commandé une étude
aux Facultés de Notre Dame de la Paix à Namur, mais celle-ci était
restée lettre morte. Parmi les diverses orientations proposées
par cette étude, celle du principe de responsabilisation sociale
des employeurs pourrait déjà retenir notre attention. D’autres
démarches primordiales d’implication de tous les acteurs
dans la politique d’insertion de la personne handicapée
doivent être mises en oeuvre, lesquelles figurent dans le Contrat
d’Avenir. Je citerai la mesure : «Développer en collaboration étroite
avec les services du Forem une formule adaptée de Job-coa-ching, En Région wallonne, les expériences de Job-coaching se multiplient. Cependant, l’accompagnement des demandeurs d’emploi avant et après l’engagement n’a pas qu’une dimension technique. Il faut prendre en considération les difficultés émotionnelles de la personne. Deuxième mesure : «renforcer les collaborations entre ETA et entreprises traditionnelles, via une plus grande sous-traitance aux ETA des activités périphériques des entreprises classiques, et le développement de contrats d’entreprise». S’agissant d’entreprises de travail adapté, notons encore les engagements pris dans le cadre de la DPR: «multiplier les créations d’emploi dans les ETA et en soutenir le développement, notamment en leur facilitant l’accès aux investissements». Pour ce faire, la
levée du moratoire actuel sur le nombre d’emplois
maximum subventionnés par l’AWIPH est obligatoire. Sur la
question du coût de ces subventions, il faut attirer l’attention
du Gouvernement sur le bénéfice final pour les finances
publiques que représente chaque mise au travail en ETA. Le fait
que ce béné-fice Mais il est évident qu’une telle politique ne pourrait suffire. Il faut une prise de conscience des potentialités réelles de la personne handicapée, ainsi que du caractère spécifique de ses compétences. Mme Isabelle Simonis (PS). – J’ai eu l’occasion, il y a 15 jours, d’interroger M. le Ministre Marcourt en Commission Emploi sur «l’emploi des personnes handicapées dans le secteur privé». Sa réponse était complète et rassurante, mais il semble que M. Procureur n’ait pas été convaincu, puisqu’il vient d’interroger le Ministre Marcourt sur ce sujet. La question du taux
d’emploi des personnes handicapées
est assurément une préoccupation récurrente pour
toute personne qui vise la plus grande intégration de celles-ci.
Le taux d’emploi qui s’élève à 63 %
pour toute la population, n’est que de 43 % pour les personnes
handicapées. Si le rapport de l’AWIPH montre que les quotas
d’embauche des personnes handicapées qui s’appliquent à la
Fonction publique n’ont pas été atteints, le Gouvernement
wallon a toutefois inscrit l’objectif de respect de M. le Ministre Marcourt
a pensé notamment amplifier les actions
des Missions régionales pour l’Emploi en leur demandant,
premièrement, d’accorder une priorité de moyens et
d’actions à l’insertion professionnelle des demandeurs
d’emploi handicapés, deuxièmement, de favoriser le
transfert de bonne pratique en Job-coaching vis-à-vis de ce public,
et, enfin, de soutenir les initiatives nouvelles des acteurs wallons
de l’insertion visant à valoriser les compétences
de la personne handicapée dans certains métiers plutôt
qu’à stigmatiser leur handicap. Si ces mesures sont encourageantes
en matière de politique de l’emploi, j’aimerais savoir
ce que vous pré-voyez Si nombreux sont
les efforts consentis en matière de formation
destinée aux publics spécifiques, il semblerait qu’on
orienterait trop souvent la personne handicapée vers des institutions
spéciales telles l’AWIPH. Je trouve dommage que la personne
handicapée ne puisse être formée comme tout le monde. M. Jean Claude Marcourt, Ministre de l’Économie et de l’Emploi, en son nom et au nom de Mme Marie Arena, Ministre de la Formation, et de Mme Christiane Vienne, Ministre de la Santé, de l’Action sociale et de l’Égalité des Chances. – Votre interpellation fait référence à la politique active que le Gouvernement wallon entend mener en faveur de l’intégration professionnelle des personnes handicapées. Je tiens d’abord à axer ma réponse sur le volet accompagnement à l’emploi, et en particulier le «Job-coaching », sur l’opportunité de l’implémentation d’une politique de quotas d’embauche et sur la nécessité de développer une approche partenariale de la problématique de l’insertion socioprofessionnelle des personnes handicapées. En ce qui concerne la politique des quotas d’embauche. vous faites référence, M. le Député, à l’initiative française visant à imposer aux employeurs un quota d’emplois de personnes handicapées, et, à défaut du respect de ces quotas, à inviter les employeurs à cotiser à un fonds spécifique de soutien à l’intégration des personnes handicapées. Si la Région wallonne n’a jamais mené, jusqu’à présent, une réelle politique de quotas d’embauche, il existe toutefois des quotas d’embauche de personnes handicapées qui s’appliquent à la Fonction publique. En effet, l’arrêté du Gouvernement wallon du 14 janvier 1999 vise, dans les Ministères et OIP wallons, l’occupa-tion d’au moins 2,5 % de l’effectif d’emploi par des personnes handicapées. Si le rapport de l’AWIPH montre qu’au 31 décembre 2003, seul 1,02 % de l’effectif d’emploi était occupé par des personnes handicapées, le Gouvernement wallon a toutefois inscrit l’objectif de respect de ces quotas d’emploi dans la DPR, comme dans le Contrat d’Avenir. Une réunion est programmée sur le thème entre les Cabinets de Mme la MinistreVienne et de M. le Ministre Courard. Par ailleurs, l’administrateur général du Forem m’informe que les travailleurs sont peu enclins, malgré les efforts de sensibilisation réalisés en la matière, à déclarer un éventuel handicap, par crainte d’un impact négatif sur leurs relations avec leurs collègues, voire leur employeur. Ce constat montre l’importance d’un travail de fond pour lutter contre les représentations sociales négatives à l’égard des personnes handicapées. C’est une des raisons qui me pousse à soutenir, par le biais du plan stratégique transversal «création d’activités», une démarche de management de la diversité en entreprise. Quoi qu’il en soit, le Forem, sur le conseil et avec la collaboration de l’AWIPH, s’est engagé à entreprendre une campagne de sensibilisation visant à faire découvrir à ses travailleurs l’intérêt de l’offre de services de l’AWIPH. Il s’est également engagé à réserver un nombre d’emplois au bénéfice de travailleurs handicapés, étant entendu que tous les emplois du Forem ont toujours été accessibles à ces travailleurs. En ce qui concerne le secteur privé, la politique du Gouvernement wallon a toujours consisté à éviter la stigmatisation des publics cibles afin d’éviter les effets pervers venant aggraver la fragilité de ces publics, qu’elle soit liée à la nationalité, à la religion, à un handicap ou au genre. Toutefois, je reste attentif aux évaluations de l’efficience des dispositifs mis en place en France et au Royaume Uni et suis prêt, à la lumière de ces évaluations – et si ces modèles s’avéraient transposables à notre réalité institutionnelle –, à revoir ma position, en la confrontant à celle de mes collègues dans le cadre de la prochaine Conférence interministérielle qui abordera cette thématique. Par ailleurs, j’ai choisi de copiloter, avec Mme la Ministre Vienne, les partenariats entre le Gouvernement wallon et le CESRW, relatifs à l’intégration professionnelle des personnes handicapées et à la lutte contre les discriminations à l’embauche. Nous travaillons de concert avec notre Collègue, Mme Arena, en vue d’optimaliser les outils existants et de les articuler de la manière la plus efficace dans le cadre d’une politique globale de l’emploi et de la formation. Sur base des évaluations et des constats établis avec les partenaires sociaux, des actions de diffusion et de sensibilisation seront menées et des dispositifs et outils d’insertion seront promotionnés. J’ai également proposé, dans le cadre du partenariat avec le CESRW et en parfaite synergie avec ma Collègue, Mme Arena, que la préparation des arrêtés d’exécution du décret relatif à l’égalité de traitement en matière de formation et d’emploi, intégrant la notion d’aménagement raisonnable et favorisant l’insertion professionnelle des personnes handicapées, devienne une priorité. Cela signifie que l’opérateur prend des mesures appropriées en fonction des besoins dans une situation concrète. Actuellement, plusieurs actions ont déjà été concrétisées sur le terrain. L’ensemble des Carrefours Formation a été prévu avec une accessibilité aux personnes handicapées. De plus, chaque Carrefour Formation dispose d’un conseiller émanant de l’AWIPH. Un accès aux personnes handicapées est prévu dans les centres de formation nouvellement construits. Actuellement, 27 centres sont accessibles à ce public sur 63 au total.Je travaille également avec Mme Arena à la mise en oeuvre d’une convention-cadre entre l’Office wallon de la Formation professionnelle et de l’Emploi et l’Agence wallonne pour l’Intégration des Personnes handicapées. Un groupe de travail intercabinets et OIP s’est déjà réuni plusieurs fois à ce propos, avec pour objectif de faciliter des passerelles entre le Forem et l’AWIPH et d’offrir aux personnes handicapées en recherche d’emploi, les services d’aide et d’accompagnement vers l’emploi répondant à leurs besoins spécifiques. J’entends, en outre, amplifier les actions des Missions régionales pour l’Emploi, en leur demandant d’accorder une priorité de moyens et d’actions à l’insertion socioprofessionnelle des demandeurs d’emploi handicapés, notamment par le biais du «Job-coaching». Je suis particulièrement sensible à l’efficacité de celui-ci. J’ai, dès lors, décidé de favoriser le transfert de bonnes pratiques en la matière vis-à-vis des personnes handicapées et de soutenir les initiatives nouvelles portées par les acteurs wallons de l’insertion. Il s’agit de valoriser les compé-tences de ces publics pour l’exercice de certains métiers, au lieu de stigmatiser leur handicap. Enfin, compte tenu de l’intérêt des résultats du projet Equal «Saphran», j’ai tenu à associer mon Cabinet aux travaux menés dans le cadre de nouveaux projets Equal «F.A.M.E», pilotés par l’AWIPH. En effet, les objectifs de ce nouveau projet Equal me paraissent être de nature à favoriser l’insertion socioprofessionnelle des personnes handicapées. Par ailleurs, la politique du Gouvernement wallon pour favoriser l’insertion socioprofessionnelle des personnes handicapées repose sur des mesures incitatives, rincipalement mises en oeuvre par l’AWIPH. À ce propos, voici les explications que Mme la Ministre Vienne m’a confié le soin de vous présenter. Il y a lieu de distinguer l’emploi adapté et l’emploi ordinaire. Premièrement, concernant l’emploi adapté en Région wallonne, les entreprises de travail adapté qui emploient quelque 8000 travailleurs, dont 6500 personnes handicapées, demandent des moyens supplémentaires. Un groupe de travail
a donc été instauré entre
le secteur concerné, l’AWIPH et le Cabinet de la Ministre
Vienne en vue de maximiser l’utilisation de ce quota et d’envisager
d’autres formules de financement. Dans ce contexte, la mission
déléguée en vue d’opérer des prêts,
notamment aux ETA, permettra le Actuellement, chaque année, 3000 personnes bénéficient de ces dispositifs. J’espère, Monsieur le Député, avoir ainsi répondu à votre question. M. Jean-Paul Procureur (cdH). – Je remercie vivement M. le Ministre pour ces précisions. Je suis conscient du fait que certains travailleurs sont réticents à déclarer leur handicap lors du processus d’engagement. J’ai eu notamment connaissance du cas concernant une dame souffrant de sclérose en plaques. Dans ce cas particulier, des problèmes ont surgi à un stade ultérieur, au moment où des formulaires spécifiques ont dû être complétés. Par ailleurs, il est clair que toutes les solutions ne sont pas entre les mains des politiques. Il faut passer par une évolution profonde des mentalités. Enfin, je voudrais profiter de l’opportunité qui m’est donnée pour saluer le travail effectué par l’AWIPH. Je suis ses travaux depuis dix ans. Force nous est de constater que depuis la création de cet organisme, des progrès manifestes ont été notés en terme de professionnalisme de l’approche et de contacts humains. Mme Isabelle Simonis (PS) - Je tiens à exprimer mes remerciements à M. le Ministre pour la globalité de sa réponse qui montre l’existence, ou tout au moins l’avènement, d’une politique très cohérente à l’égard des facilités d’emplois et de formations offertes aux personnes handicapées. Je voudrais toutefois souligner le fait que le concept d’aménagement raisonnable reste flou et adaptable. Ce concept devra faire l’objet de débats au sein de la conférence interministérielle. |